HADOPI

Aujourd’hui, je vais un peu sortir de la technique, une fois n’est pas coutume.
Je vais donc parler de l’HADOPI, des labs, du piratage et des ayants droits (SCPP, SPPF, ALPA, SACEM / SDRM dans notre cas).
Ce billet expose donc mon avis personnel sur ses sujets, c’est un peu pour expliquer ce que j’aimerais, histoire de le formaliser un peu.

Je vais donc essayer d’être un peu factuel.
Comme d’habitude, ce billet n’engage que mon opinion.

En France, l’HADOPI est connue comme « l’entité qui veut empêcher les gens de télécharger illégalement en utilisant des moyens obsolètes et non fiables » (joke).
Hadopire, mascarade coûteuse, bilans contestés, taxe sur la copie privée qui a valeur de licence globale, PUR flop, riposte graduée disproportionnée, sociétés privées qui empiètent sur le domaine judiciaire…
On lit beaucoup de choses sur le net, au sujet d’HADOPI, et pas souvent en bien.

Et j’avoue, au début, j’étais bien d’accord… Mais c’était avant ^^

Même RSF ne voit pas forcément d’un bon oeil l’HADOPI, dans son rapport sur les ennemis d’Internet (page 50, la France : pays sous surveillance).

Mais qu’est ce que c’est, en fait, l’HADOPI ?

Sur la FAQ, on peut lire :

Ses missions sont de 3 ordres :

  • encourager le développement de l’offre légale et observer l’utilisation licite et illicite des œuvres sur internet;
  • protéger les œuvres à l’égard des actes de contrefaçon en ligne;
  • réguler l’usage des mesures techniques de protection et d’information.

Au titre de ces missions, l’Hadopi peut recommander toute modification législative ou réglementaire.

Elle est également investie d’un rôle consultatif auprès du Gouvernement ou des Commissions parlementaires.

 

HADOPI

Logo de l'HADOPI.

Le volet répressif est, à mon sens, inutile.

Techniquement, il me semble discutable et le problème de périmètre est important.

TMG surveille une liste d’œuvres fournies par les ayants droits.
Cela signifie déjà que TMG ne surveille pas « le piratage », mais un échantillon d’œuvres.
La nuance est très importante car cela implique que de nombreuses œuvres seront piratées et passeront sous le radar de TMG.

Ensuite, la méthode utilisée (merci Korben) : TMG (note : TMG travaille pour les ayants droits, pas pour l’HADOPI) télécharge des morceaux des fichiers surveillés chez les pirates (pour se connecter et avoir l’IP).
Mais la recherche semble se faire par mots-clefs.
Mais que se passe-t-il si je nomme ma vidéo surveillée (du dernier film à succès) « Mon Poney et Moi à Disney » et que je le découpe en plusieurs fichiers avant de le partager ?
Ou que je mets mes MP3 dans une archive protégée par un mot de passe ?
Là aussi, je pense qu’il y a potentiellement plein d’échanges qui peuvent passer sous les radars.

Et enfin, c’est l’adresse IP et surtout le défaut de sécurisation qui est en cause.
Comme il est assez aisé de pirater la connexion wifi d’une box (Google est votre ami, mais pas de lien), ça peut être le voisin qui télécharge et qui, du coup, ne sera pas inquiété.
Ensuite, l’HADOPI s’est bien heurtée au problème des moyens de sécurisation.
Sauf que, en informatique, la sécurité  est relative, il n’y a aucun système qui soit sûr à 100%.

Et puis, un logiciel de sécurisation peut également avoir ses propres failles.
Alors on peut se baser sur la surveillance ? Chez soi ? Dans les box ? Le DPI chez les FAI ?
Honnêtement, qui va mettre un logiciel espion qui va loguer tous ses faits et gestes sur internet ?
Et puis, que va loguer cet outil ? Tout ? Les mots de passe y compris ? Et s’il a des failles, un pirate peut venir l’ouvrir et voir les mots de passe ?
Et pour protéger efficacement son wifi ou même son ordinateur…et bien, il faut un minimum s’y connaître. Ce qui n’est pas forcément accessible à tous les possesseurs de box.

Inutile, d’autant plus que les ayants droits peuvent attaquer des gens en justice sans passer par HADOPI.

Mais alors, quoi ?
Pourquoi est-ce que je fais un énième billet sur HADOPI ?

 

Labs HADOPI

Logo des Labs HADOPI.

Pour parler des autres missions de l’HADOPI.
Et oui, y en a d’autres, comme indiqué plus haut.

Et, à mon sens, c’est dans ses autres missions que l’HADOPI gagne en importance, surtout le « encourager le développement de l’offre légale » (qui est quand même le premier point listé).

En effet, l’HADOPI doit favoriser l’offre légale, via le label PUR, entre autres (j’en reparle un peu après).
Mais il y a également les labs HADOPI.

C’est quoi les labs ?
Sur le « à propos » des labs :

Ateliers de recherche confiés à des experts indépendants nommés par le Collège de l’Hadopi, les Labs fonctionnent en mode collaboratif ouvert. Ils appuient la mission de la Haute Autorité de régulation de la circulation des œuvres sur l’internet, ils sont destinés à construire  une  expertise approfondie  des différentes composantes qui,  dans leur globalité,  constituent «  l’écosystème  »  dans lequel  elle évolue.

Chacun correspond à un domaine d’expertise particulier et, dans leur ensemble, ils garantissent une approche pluridisciplinaire permettant d’aborder ces enjeux sous plusieurs angles complémentaires. Au delà de l’expertise, ils ont vocation à faire émerger des propositions.

« Simplement » des consultations publiques où chacun peut donner son avis.
L’HADOPI, c’est pas le grand méchant, non. Même si les raisons de sa création sont mauvaises (à mon sens), c’est un outil formidable à ne pas négliger.
Si tout le monde joue le jeu.

Je pense beaucoup de mal des ayants droits, c’est un fait.
Et je le dis, ici : Le ratage numérique des ayants droits et cie (difficile d’être plus clair…).

Mais dans les chantiers des labs, on retrouve des choses très importantes, exemples :

Ce sont des consultations publiques, donc chacun peut participer (dans le respect des autres, bien évidemment).
Et c’est pour moi toute l’importance des labs : quand on a une opinion mais qu’on en parle pas, il ne faut pas s’étonner de ne pas être entendu !

Mais les labs, c’est aussi des rencontres.
La dernière en date a portée sur les « Offres, terminaux et chaînes de valeur : quelles perspectives pour le livre numérique ? » (ou ici), le 12 mars dernier.
Le compte rendu est disponible.

 

Logo PUR

Logo du site PUR.fr.

Mais au final, qu’est ce qui m’a réellement poussé à faire ce billet ?
La discussion sur les évolutions du site PUR et les discussions sur Twitter qui ont suivies.

Que l’on soit d’accord ou non avec le label, il faut bien reconnaître qu’une simple étiquette ne fait pas grand-chose.
Après des discussions sur les labs, il y a eu un bilan, reprit par Numérama.

TheSFReader (contributeur des labs) est intervenu, mais le fait est que l’opposition à HADOPI est assez farouche.
C’est ce qui m’a fait réagir (sur les mêmes commentaires).
Autant je comprends l’opposition, autant je n’arrive plus à comprendre l’opposition pure et dure « par principe », l’opposition à tout ce que fait une structure uniquement à cause de son identité.
En somme, on ne juge pas du bien fondé de son existence par ce qu’elle fait, mais par ce que l’on pense qu’elle représente.

C’est du même niveau, selon moi que les fanboys Apple, Google, Microsoft (tri par ordre alphabétique) qui crachent cordialement sur les autres…pour quoi ? Le principe ?
Un peu de réflexion et d’esprit critique est une bonne chose.
Dans l’HADOPI (comme pour Microsoft, pour le coup ^^), il y a du mauvais, mais aussi du bon.
Doit-on cracher sur le bon uniquement parce qu’il y a du mauvais ?
Je ne crois pas.

Pirate

Le "Jolly Roger".

Mais au final, je crois foncièrement que le piratage n’est qu’un effet et non une cause.
Une étude est parue au sujet des livres et BD.
Le résultat est sans appel, à mon avis : l’offre légale est drastiquement en dessous de l’offre illégale.

Pour la musique et la vidéo, c’est la même chose, à mon avis.

Pour la majeure partie des plates-formes légales, il n’y a que les Etats-Unis et l’Europe, le reste du monde n’existe pas.
Quid de l’offre légale pour le cinéma asiatique, par exemple ? Voir, plus pointu, pour les séries asiatiques (drama) ? Et bah…y a pas (si vous connaissez, je suis preneur !).
J’attends toujours de pouvoir regarder  la fin de Utahime
Mais bon, quand on voit la lenteur entre la diffusion aux Etats Unis et en France…pourquoi beaucoup on déjà vu Game Of Thrones avant même sa sortie en France ???

A mon sens, l’offre illégale a prit une place que l’offre légale n’a pas su occuper.

Donc, si l’HADOPI a été créée pour s’attaquer à des effets (et c’est cause perdue), les labs peuvent permettre de changer la donne et de s’attaquer aux causes.

Le meilleur moyen de lutter contre le piratage, c’est une offre légale de qualité (quantité, prix, accès, interopérabilité, etc.).
Et « accessoirement », que ce soit les artistes qui soient payés et non pas les intermédiaires. Qu’ils puissent vivre de leurs œuvres, que ce soit au public de décider si une œuvre est bonne ou pas.
Et c’est valable pour TOUS les médias.
Même s’il ne faut pas se leurrer, il y aura toujours du piratage.

 

Le défunt Megaupload

Le défunt Megaupload

J’aurais espéré que Kim Schmitz puisse réellement créer son offre légale.
Directement rémunérer les artistes, de la plate-forme à l’artiste, sans passer par des intermédiaire aux gestions opaques.
Et d’ailleurs, il y avait un très gros coup à jouer : la fermeture spectaculaire de MU  et dans la foulé la présentation d’une offre légale aussi foisonnante !
Et ben…eh bah non, en fait… Y a rien eu…

 

Conclusion

Voilà, j’espère, avec ce billet, avoir un peu démystifier l’HADOPI et fait réfléchir.

Le statut quo n’est pas favorable, à personne.
Trop de piratage n’est pas bon, il va distendre les liens entre « consommateurs », ayants droits et artistes. Si les ayants droits coulent, c’est les consommateurs et les artistes qui vont en pâtir.
Mais d’un autre coté, il faut aussi se rendre compte que le piratage au niveau actuel n’est pas une fatalité.
C’est donc aux ayants droits de faire un pas en avant, d’amorcer une mutation de leur modèle économique ou à minima favoriser le numérique.
Et à défaut des ayants droits, c’est aussi aux artistes de faire le choix du numérique, de le pousser, de le porter.
Tout le monde peut y gagner. Ou tout le monde peut y perdre. Au choix.
Moi, je vais continuer à contribuer à mon échelle, aux labs, toujours, et à aider l’offre légale (j’ai plus de moyens que quand j’étais étudiant !).

Quant au piratage ?
En l’absence d’offre légale, est-il possible de pirater ?

Mon plus profond respect à Eric Walter, Tris et tous les gens qui bossent pour (et autour) les labs, pour leur travail et leurs efforts.
Ainsi qu’aux contributeurs qui ont la volonté de faire avancée les choses, dans une bonne ambiance.

PS : pour les réactions à mon billet, c’est ici, mais sinon, c’est sur les labs !

Liens utiles :

http://hadopi.fr/
http://pur.fr/
http://labs.hadopi.fr/
https://twitter.com/#!/InsidOpi
https://twitter.com/#!/labshadopi

PUR

'Publicité' fictive pour PUR.fr réalisée par mes soins, afin d'imager mon propos.

  1. 28/03/2012 à 21:23

    Ah ! Mon frère ! Tu as trouvé le temps de faire un joli billet ! J’avais un brouillon vide titré « Hadopi » sur mon blog, et tu as l’as écrit sur le tien… en tellement mieux !

    Me reste à en garder le lien🙂

    • 28/03/2012 à 23:05

      Ça me trottait dans la tête depuis un moment, mais c’est l’épisode d’aujourd’hui (enfin, hier, là ^^) qui m’a poussé à le faire !
      Content que le billet soit apprécié, en tout cas !

  1. 31/12/2012 à 16:04

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